Avoir 10/10 ne suffit pas pour bien lire
La vision ne se résume pas à avoir 10/10 à chaque œil. Pour percevoir correctement le monde qui l'entoure, votre enfant doit aussi utiliser ses deux yeux ensemble, les orienter avec précision et garder une image nette et stable.
Lire semble simple et naturel. Cette action met pourtant en jeu des mécanismes délicats : les yeux passent d'un mot à l'autre, voire d'une syllabe à l'autre, et chaque image est transmise instantanément au cerveau, qui la reconnaît et l'analyse. Savoir lire, ce n'est pas seulement identifier des lettres, c'est aussi faire appel sans cesse à la connaissance de la langue. La perception visuelle et la motricité des yeux y tiennent une place importante.
Écrire, c'est reproduire des lettres que l'on se représente, sous un double contrôle : celui de l'œil et celui du geste. Ce guidage de la main par l'œil commence très tôt, avec les premières traces graphiques, et s'affine jusqu'à ce que les lettres soient bien ajustées dans les mots, et les mots sur les lignes.
Difficultés de lecture, sauts de ligne, écriture maladroite
Et si votre enfant forçait trop pour voir ?
Une entrée difficile dans la lecture, des lignes sautées ou relues, une écriture lente, mal calibrée ou mal posée sur la ligne : ces signes peuvent traduire un effort visuel excessif. Quand la coordination des yeux ou la mise au point demandent trop d'énergie, l'enfant compense, se fatigue et perd le fil.
Une lecture trop lente à s'installer, sans fluidité, marquée par des inversions, des confusions ou des oublis de lettres, doit amener à faire vérifier les prérequis visuels de la lecture.
Confusion de lettres, écriture en miroir
Et s'il avait une mauvaise perception des relations visuo-spatiales ?
Distinguer un b d'un d, un p d'un q, repérer le haut, le bas, la gauche et la droite d'une forme : tout cela repose sur la façon dont l'enfant perçoit l'espace et y situe les objets. Quand cette perception visuo-spatiale est fragile, les confusions et les inversions peuvent persister et gêner les apprentissages.
Certains troubles, comme la dyspraxie visuo-spatiale, peuvent être repérés à cet âge. L'orthoptiste peut alors être sollicité pour en rechercher les éléments visuels.
Difficultés d'attention et fatigabilité
Et si l'effort de son attention visuelle provoquait une fatigabilité générale ?
Un enfant qui décroche, s'agite ou se dit épuisé en fin de journée n'a pas forcément un trouble de l'attention. Lorsque regarder demande un effort constant, la concentration s'épuise plus vite. Une posture de travail inadaptée peut aussi signaler un déséquilibre de la vision binoculaire, et justifier un bilan orthoptique.
Le bilan orthoptique des apprentissages, comment ça se passe ?
Le bilan commence par un temps d'échange avec l'enfant et ses parents : ce qui est observé à la maison, ce que rapporte l'école, les bilans déjà réalisés par d'autres professionnels. Viennent ensuite des tests normés, présentés de façon ludique.
Au-delà de la vision des deux yeux, plusieurs compétences sont évaluées :
- l'organisation de l'exploration visuelle, c'est-à-dire la manière de parcourir une page ou une image ;
- la mémoire visuelle ;
- la représentation mentale ;
- la perception des relations visuo-spatiales et le guidage de la main par l'œil.
Si nécessaire, ces compétences sont ensuite travaillées en séances de rééducation, afin d'aider l'enfant dans ses apprentissages. Un compte rendu est adressé au médecin prescripteur.
Un travail en équipe
L'orthoptiste recherche et prend en charge la composante visuelle des difficultés d'apprentissage. Il ne traite ni la dyslexie ni les troubles du langage : il intervient en complément des autres professionnels qui accompagnent l'enfant.
- Avec l'orthophoniste, pour la lecture et le langage écrit ;
- avec le psychomotricien ou l'ergothérapeute, pour l'écriture et le geste graphique ;
- avec le neuropsychologue, pour les difficultés attentionnelles ;
- avec le médecin et les enseignants, pour coordonner le suivi.
Pour les plus jeunes, les étapes du développement visuel sont détaillées dans notre article sur la vision de l'enfant de 0 à 6 ans.
Ces informations ne remplacent pas une consultation. L'orthoptiste dépiste, évalue et rééduque la fonction visuelle sur prescription ; il ne pose pas de diagnostic de trouble des apprentissages, mais son bilan est indispensable pour que les autres professionnels de santé puissent le faire. Parlez de vos inquiétudes à votre médecin, qui orientera le parcours de votre enfant.